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GRAND CHEF ETIENNE RICH

Le Grand Chef s’exprime en innu-aimum

Je souhaite la bienvenue à toutes les personnes de nos communautés innues et d’ailleurs au Canada, qui se sont jointes à nous aujourd’hui. L’annonce que nous allons faire dans quelques instants revêt beaucoup d’importance pour les Innus.

Je suis ravi de m’adresser à vous aujourd’hui à titre de Grand Chef de la Nation Innue du Labrador récemment élu. Je suis en compagnie de ma collègue, la Grande Chef adjointe, Mary Ann Nui.

Notre gouvernement est responsable de la protection, de la promotion et de l’avancement du peuple innu du Labrador, de la promotion de ses droits en common law, de même que de ses droits constitutionnels et ancestraux; c’est d’ailleurs ce qui justifie notre présence à la conférence de presse d’aujourd’hui.

Nous vous annonçons aujourd’hui que la Nation Innue du Labrador a engagé une poursuite contre Hydro-Québec à la Cour suprême de Terre-Neuve-et-Labrador et lui réclame quatre milliards de dollars.

Nous réclamons cette somme à Hydro-Québec à titre de dédommagement, pour s’être emparée illégalement de nos terres en 1969, dans le but de réaliser le projet de centrale hydroélectrique Churchill Falls.

Cet ouvrage a été construit sur des terres qui font l’objet des revendications territoriales au coeur des négociations que mène actuellement la Nation innue du Labrador avec Terre-Neuve-et-Labrador et le gouvernement fédéral.

Nous sommes des Innus. Notre peuple vit depuis des milliers d’années dans la péninsule du Québec-Labrador, que nous appelons Nitassinan.

Nous étions et nous sommes toujours un peuple de chasseurs. Nous sommes profondément attachés à la terre.

Avant d’être contraints de nous établir dans des communautés au Labrador, au cours des années 1950, notre mode de vie consistait à nous déplacer en famille sur le territoire de Nitassinan, afin de chasser, pêcher, nous rassembler et faire du commerce.

Nous nous réunissions alors pour nous livrer à des activités commerciales et pour participer à des événements culturels se déroulant dans des lieux importants, comme la région du lac Meshikamau, à l’intérieur du Labrador.

Cette région était poissonneuse et giboyeuse.

Elle était située sur la route migratoire de deux hardes d’Atiku (caribous), qui font partie intégrante de notre identité et de notre culture.

Meshikamau abrite la voie de déplacement Petshishkapushkau, qui est un site important pour notre peuple sur le plan spirituel.

Petshishkapushkau est une colline rocheuse.

C’est le lieu de résidence d’un esprit-maître des animaux, Anikapeu.

La région de Meshikamau était aussi le lieu de sépulture de nos morts.

Le fleuve qui traversait la région de Meshikamau s’appelle Mista-shipu. Joey Smallwood a décidé de lui donner un nouveau nom et de l’appeler « fleuve Churchill ».

Les Innus appellent ce fleuve Mista-shipu et pour nous, ce sera toujours Mista-shipu.

Il s’agit du fleuve le plus long du Labrador.

Il revêt une importance capitale pour notre mode de vie.

C’était une voie de communication importante pour les Innus.

Le fleuve dévalait de majestueuses chutes, que l’on appelle les chutes Churchill dans votre langue.

Les chutes étaient tellement puissantes avant qu’on endigue le fleuve.

Nos aînés, dont beaucoup sont maintenant décédés, ont subi une perte terrible après la construction de la centrale hydroélectrique Churchill Falls.

Nous avons entendu les histoires qu’ils racontaient, dans lesquelles ils décrivaient à quel point ils appréciaient la région du lac Meshikamau à l’époque.

Parmi ces aînés figuraient des personnes comme Pien-Joseph Selma, Shimun Gregoire, Mani Pinette, Matiu Ben Andrew, Manian Ashini, Shimun Michel, Penash Andrew, Matinen Selma, Mani-Pinamen Michel, Mani-Aniesh Nuna, Enum Abraham, Mani-Matnen Abraham, Manian Michel, Shushep Nuna, Mani Tuma et Ishpatien Nuna, qui était mon arrière-grand-père, pour ne nommer que ceux-là.

Nous devons honorer nos aînés.

Nos aînés ont souffert. Ils ont tellement perdu. Cette perte se fait encore sentir aujourd’hui. Nous avons hérité de ce sentiment de perte. Le temps est venu de remédier à la situation.

L’inondation massive causée par la création du réservoir Smallwood signifie que les Innus de ma génération ne pourront jamais profiter de cette région.

Elle n’est pas perdue seulement pour ma génération. Elle est également perdue pour nos enfants, nos petits-enfants et nos arrière-petits-enfants.

Les conséquences attribuables à la construction de la centrale Churchill Falls se sont fait sentir sur des générations d’Innus.

Les événements que nous avons vécus étaient déplorables. Nos aînés auraient mérité d’être mieux traités; c’est pourquoi nous exigeons d’être mieux traités maintenant.

Je vous invite à regarder une courte vidéo; veuillez écouter attentivement ce que disent les intervenants. J’espère sincèrement que vous ressentirez la profonde tristesse qui nous habite.

LA GRAND CHEF ADJOINTE

La Grande Chef adjointe s’exprime en innu-aimun

Merci, Grand Chef. Nous venons d’entendre l’une de nos aînées, Elizabeth Penashue, qui a parcouru de nombreux milles à pied pour sensibiliser la population à la situation des Innus, à notre culture et à l’importance de notre environnement. Vous avez également entendu Basile Penashue, qui a décrit l’importance de notre terre sur le plan spirituel. J’espère que ces témoignages vous ont aidés à comprendre, ne serait-ce qu’un peu, ce que nous avons subi.

Les travaux de construction de la centrale hydroélectrique Churchill Falls ont débuté à la fin des années 1960 et se sont terminés en 1974.

À l’époque, c’était le deuxième projet hydroélectrique du genre en importance à l’échelle mondiale.

Ce projet a transformé le cours supérieur du fleuve Churchill en un immense réservoir couvrant une superficie de 6 527 kilomètres carrés, ce qui a entraîné l’inondation d’une partie de nos terres ancestrales, qui s’étendaient sur une superficie plus grande que celle de l’Île-du-Prince-Édouard.

L’aménagement des chutes Churchill et l’inondation des lacs qui se trouvaient en amont ont détruit les eaux et les terres de la région de Meshikamau.

Ces actions ont également rendu la région impraticable pour nous.

été consultés au sujet de cette inondation; ils n’ont certainement pas donné leur consentement non plus.

En fait, on ne leur a même pas dit à quel moment l’inondation commencerait et on ne leur pas indiqué le niveau auquel l’eau monterait.

Si vous le permettez, j’aimerais vous raconter une histoire concernant l’un de nos aînés, maintenant décédé; il s’appelait Daniel Ashini.

Il a été Grand Chef de la Nation innue du Labrador et négociateur en chef de nos droits territoriaux.

Il est mort il y a un peu plus d’une dizaine d’année, à un âge relativement jeune; il n’avait que 49 ans.

Il a joué un rôle important dans la défense des droits des Innus; il a souvent évoqué les dommages qui avaient été causés à notre peuple et à nos terres.

Voici ce qu’il a dit un jour, au cours d’une entrevue :

Notre première expérience du développement industriel a été le projet de la centrale Churchill Falls. Nous n’avons jamais été consultés ou n’avons jamais reçu de compensation pour cette utilisation de nos terres — en fait, on ne nous a jamais dit que, sous le barrage, le fleuve Churchill serait réduit à un mince filet, que les chutes Churchill cesseraient d’exister et que le réservoir Smallwood inonderait pour toujours nos canots, nos campements, nos territoires de piégeage et de chasse ainsi que les lieux de sépulture de nos ancêtres.

54/5000 DANIEL ASHINI, ANCIEN GRAND CHEF D’INNU NATION, 2007

Daniel a aussi raconté qu’il avait un jour visité un site en bordure du réservoir, en compagnie de son oncle et de deux archéologues.

Il avait alors constaté que le réservoir avait provoqué l’érosion du sol et que les tombes de certains Innus étaient devenues visibles.

Tout comme Daniel, nous avions auparavant entendu des membres de nos communautés raconter ce genre d’histoires.

Pour Daniel, cette expérience a été un moment de vérité; il a alors pris la pleine mesure de la réalité quand il a vu ces tombes de ses propres yeux.

Il était très triste de voir que ces tombes avaient été détruites; il les a donc déplacées vers des terrains plus élevés, afin de les y enterrer de nouveau.

Il a ajouté que, selon lui, c’était une situation tout à fait impardonnable.

Nos jeunes et nos aînés, tant à Natuashish qu’à Sheshatshiu, sont bien au fait de ces terribles conséquences. L’injustice est encore une plaie vive pour nous tous.

GRAND CHEF ETIENNE RICH

Merci, Grande Chef adjointe. Nous savons que les propos tenus par Daniel Oshini sont véridiques, et nous savons aussi qui doit être tenu responsable.

La Churchill Falls (Labrador) Corporation a réalisé la construction de la centrale hydroélectrique Churchill Falls.

Les deux seuls actionnaires de cette société sont Hydro-Québec et Nalcor Energy.

Ces deux entreprises sont responsables de ce qui est arrivé à nos terres.

Nalcor a déjà conclu avec les Innus du Labrador une entente visant à les dédommager.

Il incombe maintenant à Hydro-Québec de faire de même.

Hydro-Québec a droit à presque tous les bénéfices générés par la centrale hydroélectrique Churchill Falls, en raison du contrat datant de 1969.

Ce contrat ne viendra à expiration qu’en 2041. Il soulève la colère chez bon nombre de Terre-Neuviens, et ce, pour de nombreuses raisons.

Les Innus du Labrador sont également en colère, car Hydro-Québec a détruit une grande partie de leurs terres.

L’énergie produite à la centrale hydroélectrique Churchill Falls correspond à la quasi-totalité de l’énergie qu’ Hydro-Québec exporte aux États-Unis.

Hydro-Québec a encaissé des milliards de dollars au titre de ce contrat.

Toutefois, Hydro-Québec ne nous a pas versé un sou pour les dommages causés à nos terres, à notre mode de vie et à notre peuple.

Les 50 dernières années ont été difficiles pour le peuple innu. Il y a longtemps que la Nation Innue du Labrador pleure la perte de ses terres. Notre peuple a également fait face à d’énormes difficultés, sur les plans économique et social. Toutefois, notre désespoir s’est maintenant transformé en solide détermination à corriger une grande injustice.

La Nation innue du Labrador demande à Hydro-Québec de la dédommager pour les dommages causés à notre peuple sur les plans culturel et environnemental, en raison de la construction de ce projet majeur.

Nous avons à maintes reprises essayé d’engager le dialogue avec Hydro-Québec; ses dirigeants refusent de nous parler.

Nous sommes extrêmement déçus de la réaction d’Hydro-Québec, qui refuse de reconnaître sa responsabilité pour ce qu’elle a fait subir à notre peuple et à nos terres.

Elle aurait dû accepter il y a longtemps de nous indemniser pour les dommages qu’elle a causés.

En conclusion, tout ce que je peux dire est qu’il est maintenant temps qu’Hydro-Québec délie les cordons de la bourse.

Le compte est en souffrance depuis 50 ans.

 

MOT DE CLÔTURE - GRAND CHEF ETIENNE RICHE

En terminant, je tiens à vous remercier de vous être joints à nous. Nous espérons que vous comprendrez que nous demandons à Hydro-Québec de nous dédommager. Votre appui est important; nous vous invitons à soutenir notre cause. Vous trouverez des renseignements complémentaires dans notre site Web ainsi que dans nos médias sociaux.

La Nation Innue du Labrador tient à souligner le décès de Joyce Echaquan, au Québec. J’aimerais dire à sa famille que nous partageons son indignation et son chagrin, et que nous lui offrons nos sincères condoléances.

Je vous remercie de votre attention.

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