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LA NATION INNUE DU LABRADOR

Les Innus sont des Autochtones qui habitent une région du Canada qu’ils appellent Nitassinan (« notre terre »); ce territoire s’étend sur une bonne partie du Labrador et couvre une partie de l’est du Québec. Les ancêtres des Innus ont vécu sur ces terres pendant plusieurs milliers d’années. La Nation Innue du Labrador est l’organisme officiel de représentation des Innus du Labrador, soit environ 3 200 personnes, dont la majorité sont réparties entre deux communautés innues, Sheshatshiu et Natuashish.

LE PROJET CHURCHILL FALLS

Le projet hydroélectrique Churchill Falls comprend la centrale Churchill Falls, le réservoir Smallwood, le réservoir Ossokamanuan, des digues et d’autres ouvrages régulateurs sur le cours supérieur du fleuve Churchill, des lignes électriques pour transporter l’électricité de la centrale Churchill Falls au Québec ainsi que d’autres infrastructures connexes. La centrale Churchill Falls est une centrale électrique souterraine située au Labrador. Avec une capacité de 5 428 MW, il s’agit de la deuxième centrale en importance au Canada, après l’aménagement Robert-Bourassa dans le nord-ouest du Québec. La construction de la centrale Churchill Falls a coûté plus de 6,5 milliards de dollars canadiens en dollars d’aujourd’hui. Construit au cours de la période comprise entre 1971 et 1974, ce complexe appartient à la Churchill Falls (Labrador) Corporation Limited (CFLCO) et à Hydro-Québec, qui en assurent l’exploitation. Les barrages érigés sur le cours supérieur du fleuve Churchill dans le but de créer le réservoir Smallwood ont inondé plus de 6500 kilomètres carrés du territoire innu au Labrador, y compris le précieux habitat des caribous, des lieux de rassemblement culturel, des chemins et des cimetières innus. Il s’agit du cinquième réservoir en importance dans le monde – il couvre une superficie plus grande que celle de l’Île-du-Prince-Édouard.

Rôle et bénéfices d’Hydro-Québec

La société Hydro-Québec a garanti les dépassements de coûts liés au projet Churchill Falls. Elle a assumé les risques liés au projet lorsqu’en 1969, elle s’est engagée à acheter pendant les décennies à venir la quasi-totalité de l’électricité produite par le projet, qu’elle en ait besoin ou non. Hydro-Québec a fourni une garantie de bonne fin afin d’obtenir le financement nécessaire à la construction du complexe. Elle a veillé à ce que la construction des installations respecte ses exigences techniques, de manière à ce qu’elles puissent s’intégrer harmonieusement à son réseau. Ce qui est encore plus important, Hydro-Québec a construit un réseau de transmission au Québec afin de recevoir l’électricité à la frontière du Québec et du Labrador et de la transmettre aux marchés américains. N’eût été d’Hydro-Québec, le projet Churchill Falls n’aurait jamais vu le jour.

On estime que, grâce à la centrale Churchill Falls, Hydro-Québec a déjà réalisé des bénéfices qui pourraient atteindre 80 milliards de dollars– ces bénéfices pourraient s’élever à 150 milliards de dollars d’ici la fin du contrat d’achat d’électricité, en 2041.

Témoignages d’Innus sur le projet Churchill Falls

« Notre territoire de chasse n’a plus aucune valeur pour nous, car nos pièges et nos biens personnels se trouvent maintenant enfouis sous l’eau. Nous avons perdu la majeure partie des biens fabriqués par des Autochtones. J’ai perdu deux canots, environ 300 pièges, des raquettes, des grattoirs à cuir de caribou, des dispositifs d’ensouplage, des ciseaux à glace, des haches et bien d’autres objets. Nous savions qu’il allait y avoir un barrage sur le fleuve (Churchill), mais nous ignorions ce que cela signifiait. Nous n’avions aucune idée de ce que serait le niveau de l’eau. Au plus, nous comparions le projet à un barrage qu’un castor construisait sur une rivière — les membres des Premières Nations n’ont pas été consultés du tout quant à ce qui allait se passer. J’ai éprouvé beaucoup d’amertume lorsque j’ai découvert que nos terres avaient été inondées. Nous ne pouvions pas faire grand-chose. »

PENOTE ASHINI, 1981

J’imagine que le gouvernement a aménagé le grand fleuve parce qu’il pouvait faire de l’argent en vendant de l’électricité et qu’il pouvait créer des emplois. Toutefois, le gouvernement ne vit pas sur le territoire, il ne subit par conséquent pas de préjudices. Par ailleurs, nous avons été profondément blessés de constater la destruction de nos terres, des terres qui avaient assuré notre subsistance pendant des milliers d’années. Le gouvernement a agi comme s’il était le propriétaire de nos terres. Il vole la terre qui appartient aux Innus.

ELIZABETH PENASHUE (TSHAUKUESH), 1991

« Avant les perturbations, avant l’inondation du Meshikamau, il y avait de la truite partout dans les ruisseaux. Avant que le lac soit perturbé, j’ai déjà vu un Innu qui pêchait d’énormes truites à Kanekuanekat. Maintenant, personne n’a connaissance de la présence de truites là-bas. De plus, le poisson n’est pas bon du tout, OK! C’est à cause de l’eau. Le poisson n’a même pas le goût du poisson. Il n’a aucun goût. C’est parce que l’eau est contaminée. L’eau est morte. »

PIEN GREGOIRE (JR), 1993

« En 1975, sans avertir les familles innues, le projet de centrale hydroélectrique Churchill Falls a inondé une bonne partie de la région du lac Michikamau, inondant ainsi la majorité des chemins qu’empruntaient les Innus, les campements en eau libre et les cimetières, de même que les sentiers qu’empruntaient les caribous et les aires de nidification du gibier d’eau. La région du lac Michikamau a, pendant longtemps, été un lieu de rassemblement important, où les familles innues se réunissaient pour renouer leurs liens sociaux et spirituels. Sans aucun préavis, les familles innues ont perdu l’équipement qui se trouvait dans les caches ainsi que l’accès à un lieu qui revêtait une grande importance pour elles. J’ai souvent entendu des aînés innus parler avec une grande tristesse de la perte des camps du Michikamau; ils se demandaient aussi quelle partie du passé des Innus gisait sous les eaux du réservoir Smallwood. Mon propre grand-père a perdu ses canots, sa tente et tout son équipement de piégeage; il évoquait avec tristesse les anciens lieux de sépulture qu’il connaissait et qui étaient maintenant submergés.

En 1995, après plusieurs années au cours desquelles il y avait eu peu d’accumulation de neige, les niveaux de l’eau du réservoir avaient été de nouveau abaissés jusqu’à l’ancien niveau du lac, exposant le littoral et l’emplacement des anciens campements des Innus. J’étais curieux de savoir s’il y avait encore des traces de ces anciens lieux. En compagnie de mon oncle, j’ai eu la possibilité de servir de guide à une équipe d’archéologues, afin de voir s’il était possible de trouver des traces de l’histoire des Innus. En un rien de temps, nous avons trouvé des vestiges de bon nombre de campements innus datant de la période historique ainsi que des outils en pierre laissés par des chasseurs innus et leur famille, des centaines, si ce n’est des milliers d’années auparavant. À un endroit, sur une butte surplombant le lac, qui avait pendant longtemps été un lieu de sépulture innu, nous avons découvert que les eaux du réservoir avaient détruit la dernière demeure des anciens; on a vu la tombe d’un jeune Innu qui avait été emportée par l’érosion. Nous avons rassemblé les fragments d’os et le crâne, puis nous les avons réenterrés dans la forêt, afin de les protéger de l’érosion attribuable aux hautes eaux du réservoir. »

DANIEL ASHINI, ANCIEN GRAND CHEF DE LA NATION INNUE DU LABRADOR, 2007

 

Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones

La Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA) a été adoptée le 13 septembre 2007. Il s’agit de l’instrument international le plus complet sur les droits des peuples autochtones. La DNUDPA établit un cadre universel de normes minimales pour la survie, la dignité et le bien-être des peuples autochtones du monde et elle élabore sur les normes existantes des droits humains et des libertés fondamentales dans leur application à la situation particulière des peuples autochtones. La section ci-dessous renferme des articles pertinents, tirés de la DNUDPA.

  • « Les États mettent en place des mécanismes de prévention et de réparation efficaces visant : […] [t]out acte ayant pour but ou pour effet de les déposséder de leurs terres, territoires ou ressources. »
  • « Les États se concertent et coopèrent de bonne foi avec les peuples autochtones intéressés – par l’intermédiaire de leurs propres institutions représentatives – avant d’adopter et d’appliquer des mesures législatives ou administratives susceptibles de concerner les peuples autochtones, afin d’obtenir leur consentement préalable, donné librement et en connaissance de cause. »
  •  « Les peuples autochtones ont le droit de posséder, d’utiliser, de mettre en valeur et de contrôler les terres, territoires et ressources qu’ils possèdent parce qu’ils leur appartiennent ou qu’ils les occupent ou les utilisent traditionnellement, ainsi que ceux qu’ils ont acquis. Les États accordent reconnaissance et protection juridiques à ces terres, territoires et ressources. Cette reconnaissance se fait en respectant dûment les coutumes, traditions et régimes fonciers des peuples autochtones concernés. »
  • « Les États engagent des consultations effectives avec les peuples autochtones concernés, par le biais de procédures appropriées et, en particulier, par l’intermédiaire de leurs institutions représentatives, avant d’utiliser leurs terres et territoires pour des activités militaires. »
  •  « Les États consultent les peuples autochtones concernés et coopèrent avec eux de bonne foi par l’intermédiaire de leurs propres institutions représentatives, en vue d’obtenir leur consentement, donné librement et en connaissance de cause, avant l’approbation de tout projet ayant des incidences sur leurs terres ou territoires et autres ressources, notamment en ce qui concerne la mise en valeur, l’utilisation ou l’exploitation des ressources minérales, hydriques ou autres. Les États mettent en place des mécanismes efficaces visant à assurer une réparation juste et équitable pour toute activité de cette nature, et des mesures adéquates sont prises pour en atténuer les effets néfastes sur les plans environnemental, économique, social, culturel ou spirituel. »
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